Profil


Regards croisés sur Anaïs...
Pour un essai biographique...
Elle aime Les enfants de la liberté de Marc Levy,
elle déteste la grammaire et l’orthographe,
mais surtout rebelle à toute loi quelle n’a pas choisie,
elle a traversé l’école sur un nuage, avec pour seule constante...
le regard tourné vers la fenêtre.
Les animaux l’aiment et elle les aime.
Depuis le lapin nain jusqu'à la tortue carnivore,
en passant par les chiens, les canaris, les rats, les poissons rouges,
elle les a tous chéris avec ferveur attendant désespérément...
de les voir s’accoupler !
Je me souviens de son regard gourmand au milieu d’un flot de boucles blondes,
et de sa voix claire et affirmée : - « grisette va faire des bébés ! »
et nous en avons acheté des canaris mâles, que grisette inlassablement tuait d’un coup de bec derrière la nuque, les uns après les autres.
C’était un vrai désespoir !
Je connais Anais depuis longtemps,
elle a baigné dans la tendresse cellulaire de mon cœur,
bien avant même celle du liquide amniotique.
Complice déjà passionnée, elle se tenait silencieuse quand j’entrais en scène.
Quand ai-je pu croiser mon regard de mère avec celui de l’artiste, je ne sais pas…
Peut-être quand j’ai eu le courage de la perspective, du recul...
A 8 ans,
elle écoutait pousser les brins d’herbes, alors que les cris des enfant s’égrainaient sur l’asphalte rugueux de la cour d’école.
A 10 ans,
Elle montait sur scène avec Grand peur et misère du 3ème Reich de Bertolt Brecht,
Elle y incarnait une petite fille, presque modèle.
Je me souviens de son désespoir d’avoir raté le diabolo avec lequel elle jouait si habilement...
Et cette étrange sensation d’avoir à mes côtés une comédienne, et non pas une enfant...
Le sérieux et l’application, la rapidité aussi avec laquelle elle avait intégré la mise en scène, pourtant complexe.
Son enfance ?
Elle l’a passée à traîner sur toutes les routes d’Europe, au rythme des tournées, des camions, des rires fous pour la petite « mascotte » de la compagnie.
Très tôt elle a su qu’elle était la fille du metteur en scène, tirant gloire et prestige de ce titre, mais cherchant surtout désespérément à être à la hauteur.
Peut-être est-ce pour cela que je la retrouve maintenant dans le théâtre
flottant dans l’air sur des échasses démesurées,
ou volant à 4 mètres de haut sur un décor branlant !
Sa formation... ?
Les défis et les gageures
Celles de son père...
Sais-tu désegmentiser ton corps ?
Sais-tu te battre et éviter mes coups ?
Elle apprenait ainsi la fluidité du corps dans l’espace, l’écoute de l’autre...
Il fallait toujours aller à l’essentiel.
Pour vaincre, gagner, exister...
Peut-être est-ce aussi la vue de ces danseurs fous, que nous formions
au hasard des bals et des places publiques
enivrés de musiques et de vies.
À moins que ce ne soit les heures interminables passées ensemble à négocier nos rêves de fringue,s de godasses et de tapis.
Anais, c’est une longue histoire de chevelure. Combien de fois a-t-elle changé de couleurs, de frisures, de coupes ?
Anais c’est une enfant de la balle à l’école de la vie d’artiste,
Anais, c’est un apprentissage sensuel de l’art,
sur le tas,
ou plutôt par osmose
Anais c’est une maturité acquise très tôt au fil des disputes passionnées,
des déchirements,
des séparations,
et puis...
tous ces filages années après années,
créations après créations, où elle devait donner son avis
sur les comédiens, la mise en scène, le jeu d’acteur,
elle était notre meilleur juge.
Rien n’était normal, mais tout était vie.
Regarder vivre Anais c’est regarder s’élancer une petite gazelle rieuse
capable de se transmuter tour à tour
en langue de feu ou en hyène féroce.
C’est prendre comme un cadeau du ciel
son regard profond et ouvert sur les êtres et les choses,
c’est apprendre à aimer son intransigeance,
jusqu'à ce quelle se matisse de sa bonté et de sa maturité.
C’est apprendre à jouir de sa beauté qui s’éveille à la vie,
dans le développement d’une nature passionnée, ardente,
tenace à l’extrême.
C’est prendre chaque mouvement de son corps gracieux comme une grâce des dieux,
petits moments privilégiés de beauté !
C’est accepter sa démesure et la violence qu’elle entraîne.
Anais c’est une enfant du sud,
Je l’ai vue monter à cru les chevaux camarguais
puis d’un rire cristallin les lancer au triple galop
sur les plages de Beauduc
et dans un corps à corps ondoyant
les laisser épuisés se couler dans les vagues avec elle.
Ce jour-là, je l’ai vue amazone chevaucher les flots.
Cet autre jour-ci, je l’ai retrouvée
à même le dos d’un éléphant
dans une forêt thaïlandaise.
Aujourd’hui je la vois sur un plateau
Fragile, mais lumineuse
elle a le talent du texte juste
sans cabotinage, ni condescendance
sans hypocrisie, sans vanité.
Oui aujourd’hui je la vois dans la lumière.
Elle est taillée pour ça.
Elle a ça dans le sang.
Vas y, fonce
Bats toi, c’est ça
C’est toi.
